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EXPOSITION ACTUELLE

 

Misheck Masamvu, 2019, Sans titre, dessin sur papier, 42 x 30 cm - Détail

 

WE ARE HERE

                            PAMASONGA

 

Misheck Masamvu

Epheas Maposa

Evans Tinashe Mutenga

 

Prolongation de l'exposition jusqu'au 16 Novembre!

19 septembre 2019 au 20 octobre 2019

Vernissage le jeudi 19 octobre – 18h / 21h

Preview dans le cadre du Parcours des Mondes le 10 septembre 2019

31 rue de Seine – 75006 Paris

 

 

31 project présente sa deuxième exposition avec les artistes Misheck Masamvu, Epheas Maposa et Evans Tinashe Mutenga du collectif zimbabwéen Village Unhu.

 

We are here Pamasonga appelle au rassemblement.

En shona « Pamasonga » indique la rencontre entre deux rivières, la confluence.

Nous somme en mouvement mais ensemble et en présence ici et maintenant :

3 artistes et un collectif, en transit entre Harare et Paris.

 

Les artistes proposent pour cette exposition un ensemble d’œuvres sur papier.

A travers diverses pratiques entre peinture, dessins, impressions et collage, ils abordent  la représentation du corps avec une vision commune centrée sur l’hybridation.

Dislocation des volumes,  distorsion des lignes et des matières : la singularité des figures est effacée et absorbée au profit de la représentation d’un corps en lutte ;  un corps social et un corps politique, incarnation de l’histoire récente et actuelle du Zimbabwé.

 

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Attendre la pluie

 

Par Candice Allison,

Curator - Johannesbourg

 

We are here Pamasonga est une exposition organisée par 31 projet, présentant le travail de trois artistes  du collectif Village Unhu à Harare : Misheck Masamvu, Evans Tinashe Mutenga et Epheas Maposa. Village Unhu a été fondé en 2012 par Misheck Masamvu, Georgina Maxim et Gareth Nyandoro  dans une période d'incertitudes suite à la chute libre de l’économie,  de violences et de répression à caractère politique ainsi que d'intimidation de la part du gouvernement.  Ce collectif d'artistes a été pensé comme une famille et un espace dédié à la création, l'apprentissage et l'expérimentation.

 

Le village est la communauté, la structure travaillant pour le « nous », dans tout son sens pluriel. Cette approche est basée sur la philosophie unhu/Ubuntu/vunhu - un terme qui signifie « humanité » ou « je suis parce que nous sommes ».

Malgré cette incertitude perpétuelle qui hante les espoirs et les rêves du Zimbabwe, le collectif a continué à grandir, à s'adapter et  à développer ses espaces où les jeunes artistes peuvent réaliser et déployer leur pratique. Village Unhu ce sont des ateliers, des résidences et des espaces d'exposition, du mentorat, de l'apprentissage et des opportunités d'exposer à l'échelle internationale.

 

We are here Pamasonga, parle de ce " nous ", de ce collectif qui réunit de nombreux artistes à travers les générations, les frontières et les cultures. En Shona « pamasonga » indique l'endroit où deux rivières se rencontrent : la confluence. C'est le lieu où les idées peuvent se mélanger et circuler, créant des flux et de nouvelles façons de penser le monde et la place que nous y occupons.

 

Présentant des œuvres sur papier, traitées entre peinture,  dessin, impression et collage, les artistes abordent la représentation du corps humain comme un corps hybride, à la fois empêtré et disloqué par le contexte social et politique du Zimbabwe.

Le corps zimbabwéen est un lieu de mémoire coloniale et le terrain de  violences - passées, présentes et futures. C'est un lieu de résistance, de lutte et de résilience. C'est un corps normé, un corps trahi par ses leaders. Il s'agit d'un corps de migrants, d'une marchandise, d’une main-d'œuvre bon marché, contrainte, d’un corps déplacé puis rapatrié. Spirituellement, c'est un corps pieux qui se nourrit du corps du Christ ; un corps hybride et ancien, inextricablement lié aux totems Shona utilisés culturellement depuis les origines pour identifier les différents clans, chacun  associé à un animal -  tels que Shato/Mheta (python), Mbizi/Tembo (zèbre), Shumba (lion), Soko (singe), Nzou (éléphant), et Ngwena (crocodile) -  ou une partie du corps comme Gumbo (jambe), Moyo (cœur) et Bepe (poumon).

Ces tensions se retrouvent dans le travail des trois artistes, par la fragmentation des corps,  les déformant et les tordant dans les dessins expressionnistes et la gestuelle de Masamvu ;    les cachant, les déchirant puis les révélant dans les collages de Mutenga. Les peintures de Maposa, tentent d’extraire l’essence intérieure de ces figures qui semblent en surface comme figées et absentes. 

 

Avec ces petits formats et ces dessins aux traits fins, Misheck Masamvu s'écarte des toiles imposantes et denses avec lesquelles il est plus familier,  souvent très colorées et au geste pictural large. Après des études à la Kunste Akademie de Munich, Masamvu a étudié les  grands mouvements historiques européens et l’on retrouve certaines techniques néo-expressionnistes qu’il utilise pour créer les paysages turbulents de ses œuvres peintes. Son travail graphique  offre en contraste frappant, un vide blanc enveloppant ses figures. Dans cette intimité silencieuse, nous reconnaissons les figures et les formes qui peuplent ses peintures, éloignées de la cacophonie et de la matérialité de la couleur, vulnérables et comme suspendues. La connexion se crée avec la détresse brute de ces figures convulsives et disjointes, visages griffés et mutilés, lignes en torsion, déformées, inquiétantes.

 

Ces griffures et tentatives d’effacement  des visages sont également évidentes dans les portraits surréalistes et abstraits réalisés par Mutenga. Ces « camarades » (comrads) sont une appellation universelle largement utilisée par les militants de la libération du Zimbabwe. Les œuvres de cette série sont produites à l'aide d'affiches et de journaux trouvées aux carrefours d’Harare, utilisant les titres à sensation des quotidiens zimbabwéens, ici grossièrement arrachés pour révéler des surfaces peintes soit en noir, soit en couleurs vives. Cette technique rappelle le traitement de l'artiste Gareth Nyandoro, qui consiste à découper des couches de papier blanc pour en révéler les surfaces peintes. Elle nous rappelle également les Xerox collés de Basquiat. Ces portraits, affiches publicitaires déchirées et détournées, deviennent des vestiges de la mémoire et de l’oubli.

 

Des influences de Francisco Goya et Théodore Géricault se retrouvent dans l'œuvre de Maposa à travers le traitement de ces figures troublantes, le visage lasse et tendu, la tête basse.

Epheas Maposa est le plus jeune de ces trois artistes, né en 1994, trois ans à peine avant que l'économie zimbabwéenne ne s’écroule et que le dollar zimbabwéen perde 71,5% de sa valeur par rapport au dollar américain.  Maposa n'a jamais connu qu'un Zimbabwe fatigué, découragé d'attendre la pluie - comme le titre du livre du même nom, écrit en 1975 par Charles Mungoshi.

Ces métaphores de la sécheresse et de la faim imprègnent la littérature zimbabwéenne et africaine, saisissant le malaise et la paralysie des nombreuses zones de conflits des pays en développement du monde entier - " attendant " les secours et l’abondance future, incrédule face aux promesse d’un changement qui ne viendra peut-être jamais.

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Misheck Masamvu,

né au Zimbabwe en 1980. Il vit et travaille à Harare.

 

Le travail de Misheck  Masamvu est d’une intensité expressionniste rare, centré sur la corporalité de créatures humaines hybrides et désarticulées. Le corps est contraint dans une violence immobile : pantin de chair et de poils tantôt grotesque, tantôt  dramatique, toujours souffrant et impuissant.

Son travail est d’une grande liberté plastique et fait preuve d’une vision coloriste complexe à partir de laquelle Misheck Masamvu conçoit ses espaces. 

Pour l’exposition We are Here  Pamasonga, il présente une série de dessins  jouant sur les vides, le tracé, la suspension. Un ensemble graphique sobre qui offre un contrepoint singulier à ses œuvres peintes.

 

Formé à la Kunstakademie de Munich, très rapidement sa carrière prend un tournant international  avec sa participation à la Biennale de Dakar en 2006 et son exposition au pavillon Zimbabwéen de la 54ème Biennale de Venise en  2011 avec la National Gallery. En 2016 il participe à la Biennale de Sao Paulo.Il présente actuellement une exposition personnelle à la Goodman Gallery, intitulée Hata.  Il est  le co fondateur et le co directeur du collectif d’artistes Village Unhu à Harare. 

 

Epheas Maposa

né en 1994 au Zimbabwe. Il vit et travaille à Harare.

 

Le corps et le récit sont  au centre du travail d’Epheas Maposa : des corps mi-homme, mi- animal, aux lignes très marquées, évoluant dans des univers surréalistes et baroques. Chaque œuvre  livre une narration sur le fil, mêlant dans une veine onirique assumée, détails dessinés et motifs coloristes. Narrateur prolifique, il utilise la distorsion des corps et des espaces  pour créer des contes désabusés témoignant de la déliquescence de la structure sociale et politique au Zimbabwe.

 

Epheas Maposa  est autodidacte. Dessinant dans la rue, sa première source d’inspiration,  il est entré au sein de Village Unhu en 2013 ou il a pu bénéficier d’espaces et de matériel pour travailler et faire évoluer sa pratique aux côtés des autres artistes du collectif. Dès 2014 il expose à la National gallery of Zimbabwe, ainsi qu’à la Delta Gallery. Il participe en 2017 et 2018 à la FNB Joburg art fair et Investec Cape Town art fair. Il a également pris part à plusieurs programmes de résidences entre Johannesburg et Harare.

Evans Tinashe Mutenga

né en 1987 au Zimbabwe. Il vit et travaille à Harare.

 

Evans Mutenga utilise le papier non comme une surface mais comme un matériau qu’il déchire, manipule, encre et enduit. Il crée des portraits quasi abstraits en jouant avec les strates du papier ainsi transformé.  La série « Comrad », est un ensemble de portraits de ces camarades, vétérans et amis. Ces figures mythiques portraiturant les luttes passées sont ici représentés quasi évanescente acteur d'une histoire avec laquelle le pays travaille à se réconcilier.

Diplômé de la National Gallery School of Visual Art and Design's à Harare et du Polytechnic Colleges, Evans Tinashe Mutenga fait partie du  du collectif Village Unhu.

Depuis 2013 il expose principalement au Zimbabwé avec la Delta Gallery  et la National Gallery. Entre 2016 et 2018 il a participé aux foires FNB Joburg art fair, Investec Cape Town art fair. Il a également travaillé aux John Mafuangejo Printing studios en Namibie.

 

 

Cette exposition est montée par 31 project, et la galerie Charles Wesley Hourdé en collaboration avec Village Unhu.